ALGER 29 juin 2020: La nouvelle a provoqué un grand choc dans le milieu du cinéma arabe et européen. La doyenne des critiques de cinéma en Egypte Neamet Allah Hussein est partie. Femme de caractère, personnalité hors normes et surtout une belle plume qui a su explorer tous les cinémas du monde.   

Elle faisait partie de cette catégorie de critique de cinéma qui marque notre existence en tant d’organisateur de festival, cinéaste et critique. Sa connaissance très large des cinémas arabes dans toute sa diversité artistique et thématique, son analyse pointue et mesurée des films arabes a renforcé notre idéal sur la critique cinématographique égyptienne qui est considérée de par sa production et la quantité de ses films présentées dans le monde comme la plus large et la plus complète de la nation arabe.

Mais la force de Neamet ne réside pas seulement dans son identité arabe et égyptienne, mais surtout dans son ouverture aux cinémas du monde notamment francophone. 

Il faut dire que Neamet Allah Hussein, qui était journaliste pendant plus 40 ans,  a eu un parcours exemplaire. Après des études de communication et de journalisme à l’université du Caire, elle a eu un parcours journalistique très riche. La première égyptienne à faire un stage au journal le Monde à Paris puis elle a travaillé à la prestigieuse agence de presse l’AFP en France. De retour en Égypte, elle a travaillé dans le magazine Akhersaa sous la direction du Grand écrivain Roshdi Saleh.

Elle avait commencé dans la rubrique politique mais après l’accord de camp David, qui consacrait le rapprochement avec Israël, elle s’est éloignée de la politique et a adopté la rubrique culturelle où elle avait choisi la critique cinématographique, comme métier estimant qu’elle pouvait parler de tous les sujets sans censure, elle a été la première journaliste à présenter le cinéma européen et arabe dans ses articles.

Son expérience internationale l’a logiquement placé dans le staff du plus prestigieux festival du film international du Caire où elle est était chargé de la communication responsable de la presse étrangère.  

Sa capacité à regarder des films en français et s’exprimer et à comprendre la langue de Molière, lui offert l’occasion pour voyager et de représenter la critique cinématographique égyptienne à travers plusieurs festival dans le Maghreb et en Europe notamment au Festival de Mons en Belgique, d’Amiens en France, ou encore au festival de film méditerranéen de Montpellier  en France. Elle était également présente presque à chaque édition au Festival de Cannes et servait souvent comme interprète pour les stars égyptiennes à la croisette. Elle a été également l’accompagnatrice efficace des stars françaises lors de leur passage au Festival méditerranéen d’Alexandrie, comme ce fut le cas avec Béatrice Dalle lors de l’édition de 2017.  

« J’ai connu Neamet Allah à l’occasion des Journées Cinématographiques d’Alger où elle était invitée en tant que critique cinéma pour donner des conférences sur le cinéma égyptien au lendemain de la révolution arabe, mais aussi comme membre de jury dans les JCA en 2014. Sa présence et sa participation a apporté beaucoup aux JCA et au cinéma algérien. Elle a également exporté les films algériens documentaires et films dans les différents festivals égyptiens. Encourageant le rapprochement entre le cinéma arabe et le cinéma maghrébin. Sa dernière visite en Algérie fût en 2017 à l’occasion du Festival du film arabe d’Oran. C’était la dernière fois qu’on se voyait. Adieu Neamet, repose en paix, Allah Yerhamek 

Salim AGGAR

Directeur de la Cinémathèque Algérienne     

Neamet Allah fidèle supportrice du cinéma algérien. Ici aux cotés de Lotfi Bouchouchi lors de sa victoire au festival d’Alexandrie
Neamet membre du jury, très écoutée et appréciée lors des Journées Cinématographiques d’Alger de 2014
Neamet Allah critique de cinéma reconnue lors d’une conférence sur le cinéma arabe aux cotés de Bensalah et Aldjawhari du Maroc
Neamet Allah, grande admiratrice du cinéma européen, en discussion avec la réalisatrice française Régine Abadia, à la Cinémathèque Algérienne