ALGER-13 juillet 2020: La Fédération internationale des archives du film (FIAF), le plus important réseau international de cinémathèques et d’archives du film au monde, et dont la Cinémathèque Algérienne est membre associé, annonce que le lauréat 2020 de son Prix FIAF 2020 est le cinéaste brésilien Walter Salles. Il succède à Jean-Luc Godard, à qui le trophée fut décerné durant le 75e Congrès de la FIAF à Lausanne en avril 2019.

Depuis 2001, date de la remise du premier Prix FIAF à Martin Scorsese pour son travail pionnier en faveur de la préservation des films, la FIAF décerne son prix annuel pour distinguer une personnalité du monde du cinéma extérieure au milieu des archives, dont l’expérience et l’engagement personnel en faveur du cinéma correspondent aux missions de la FIAF. Parmi les précédents lauréats du Prix FIAF, on peut citer Ingmar Bergman (2003), Mike Leigh (2005), Hou Hsiao-hsien (2006), Peter Bogdanovich (2007), Agnès Varda (2013), Jean-Pierre et Luc Dardenne (2016), Christopher Nolan (2017) et Apichatpong Weerasethakul (2018). Le lauréat du Prix FIAF est choisi par le Comité directeur de la FIAF sur la base d’une présélection de candidatures proposées par les membres du personnel de toutes les archives affiliées à la FIAF à travers le monde.

Walter Salles, dont le nom avait été proposé par nos collègues du Museu de Arte Moderna à Rio de Janeiro, est l’une des personnalités du cinéma brésilien les plus connues et respectées dans le monde entier. Ses films ont été sélectionnés et récompensés dans les festivals les plus prestigieux (Cannes, Berlin, Venise), ainsi qu’aux Oscars, Golden Globes, et auxBAFTA Awards. Par ailleurs, Walter Salles est depuis près de 30 ans très mobilisé en faveur de la sauvegarde du patrimoine cinématographique.

Jean Luc Godard lauréat du prix FIAF 2019

Marqué par une éclectique et profonde cinéphilie, Salles a très tôt porté un grand intérêt à la mémoire du cinématographique brésilien. Sa défense d’un cinéma brésilien exalté, innovant et politiquement engagéfut d’abord intellectuelle et journalistique, mais il se tournaprogressivement vers une démarche d’engagement plus concrète,notamment à travers la fondation l’Archive MárioPeixoto, la confection de nouvelles copies des classiques du cinéma brésilien (par exemple, des films de Nelson Pereira dos Santos et de Glauber Rocha) et l’élaboration des grands projets de restauration qui vont l’amener à intégrer le groupe fondateur de la « World Cinema Fondation » (aujourd’hui World Cinema Project de la Film Foundation) en 2007. À cette occasion, Salles avait dit « Il y a une phrase qu’ontdit le producteur de Glauber Rocha et son directeur de la photographie : « Un pays sans unehistoire du cinéma, c’estcommeunemaison sans miroir ». On comprendtrèsvite que le problème de la conservation des films est un problème de la conservation de l’identitéculturelle, de la pluralité et de la diversitéculturelle».

Une partie importante de l’implication de Walter Salles dans les activités de préservation du cinéma est liée à son admiration pour l’œuvre du cinéaste MárioPeixoto (1908-1992), dont le filmLimite (1931) est l’un des films les plus importants de l’histoire du cinéma brésilien et mondial. La redécouverte de ce film au Brésil et à l’étranger, ainsi que la conservation des documents d’archive de Peixoto, doivent énormément aux efforts de Walter Salles. De façon discrète mais efficace, il a fondé l’Archive MárioPeixoto, puisrendu possible la restauration de Limite.

L’Archive MárioPeixoto a été placée sous la responsabilité du premier restaurateur de Limite : Saulo Pereira de Mello (1933-2020). Grâce à Walter Salles, celui-ci a pu accomplir la mission de sa vie – préserver et mettre en valeur l’œuvre de Mario Peixoto. Depuis sa création en 1996, l’Archive Mario Peixoto est gérée par VideoFilmes, la maison de production de Walter Salles et de son frère João Moreira Salles, lui aussi cinéaste de renom.

Walter Salles a aussi jouéun rôle clé dans la restauration et la diffusion de Limite. Initié peu après la disparition de Peixoto en 1992, le projet de restauration numériquefut mené par la CinematecaBrasileira en partenariat avec la Cineteca di Bologna et son laboratoire l’ImmagineRitrovata, fut l’un des tout premiers titres à obtenir le soutien de la World Film Fondation. Salles présenta lui-même le film restauré à Cannes Classics en 2007, et n’a cessé depuis d’en faire la promotion de par le monde.

En décidant de décerner le Prix FIAF 2020 à Walter Salles, le Comité directeur de la FIAF a voulu honorer un grand cinéaste dont l’engagement pour la sauvegarde du patrimoine cinématographiquen’est plus à prouver. Il a souhaité également signifier par ce geste son soutien et sa solidarité aux trois affiliés de la FIAF au Brésil – la CinematecaBrasileira, la Cinemateca do MAM, et l’ArquivoNacional– pour leur indéfectible engagement à la cause du cinéma au Brésil, dans un contexte politique extrêmement préoccupant. À l’heure où l’existence même de laCinematecaBrasileira, membre historique de la FIAF,est plus que jamais menacée, la remise du Prix FIAF 2020 àWalter Salles (ancien membre de son Conseil d’administration etrécent signataire d’une pétition internationale de soutien à l’institution) nous apparaît particulièrement opportune.

Walter Salles a dit à propos du PrixFIAF : « C’est avec grande joie que j’ai appris votre décision de me décerner le Prix FIAF 2020.  Je porte un profond respect pour votre organisation et connais l’importance du FIAF Award, qui a distingué des cinéastes que j’admire profondément. C’est justement grâce à Martin Scorsese, au sein de la Film Foundation, que j’ai pu aider la plupart des projets de restauration auxquels j’ai participé. D’autre part, cette distinction porte un aspect symbolique d’une grande importance. En ce moment, comme vous l’avez souligné, le Brésil subit un violent processus d’effacement de notre mémoire collective.  Nos universités publiques sont étranglées par des restrictions budgétaires, des livres d’écrivains fondamentaux pour notre construction identitaire sont interdits dans plusieurs Etats, et des institutions d’excellence comme la CinematecaBrasileira voient leur fonctionnement compromis par des coupures drastiques de personnel et de budget.  La Cinémathèque du MAM résiste, comme d’autres institutions qui défendent la mémoire de notre pays.  C’est au nom de toutes ces institutions qui luttent pour la préservation de notre mémoire que j’aimerais recevoir le Prix FIAF. »

En raison de la crise sanitaire mondiale du Covid-19, la cérémonie de remise du Prix 2020 à Walter Salles a dû hélas être reportée à une date ultérieure, à laquelle nous sommes en train de réfléchir avec le lauréat.