CAC-06 avril 2020: La Casbah a toujours été une source d’inspiration et de création pour les nombreux cinéastes algériens et étrangers. De nombreux réalisateurs se sont inspirés pour faire des films sur cette cité séculaire, qui orne les hauteurs d’Alger la blanche.  La capitale algérienne est d’ailleurs au cœur d’une filmographie riche, dont peu de capitales dans le monde peuvent se prévaloir. Une quarantaine de longs métrages et une centaine de courts métrages y sont tournés durant ses 70 dernières années à commencé par les frères Lumières, qui avait posé leurs caméras dés 1896. La différence entre les productions locales et coloniales ne réside pas dans la technique de réalisation ou l’esthétique des films, mais dans la place qu’y occupe l’Algérien. Le cinéma colonial avait justement placé les habitants de cette cité en second plan. On le voit très bien à travers des films comme « Sarati le Terrible » (1922), « Tarzan, l’homme singe » (1932), « Pépé le Moko » (1937), « Casbah » (1938), « Au cœur de la Casbah » (1952). Après l’indépendance de l’Algérie la donne à changé et des films importants sur la population et la société locale sont largement fabriqué. On citera  « La Bataille d’Alger » de Gillo Pontecorvo (1965), « l’Étranger » de Luciano Visconti (1968) ou encore « Hassan Terro » de Mohamed Lakhdar Hamina en 1967 mais aussi « les enfants de Novembre » de Moussa Haddad en 1970 et surtout les deux films sur Alger la blanche et ses habitants « Tahia ya Didou » de Mohamed Zinet (1971) et « Omar Gatlato » de Merzak Allouache en 1976. 

Le film La Bataille d’Alger, est celui qui a illustré le mieux la résistance de la Casbah

Bien sûr le film le plus représentatif de la Casbah et sa résistance au colonisateur  reste le film « La bataille d’Alger » de Pontecorvo qui avait fait de la Casbah son décor et thème principal, puisque celle-ci était considérée comme une « zone autonome », où aucun policier ni militaire ne pouvait circuler. Même si certains critiques français, présentent le film « Pépé le Moko » reste perçu comme un film à la gloire de la Casbah. Le film inspira d’ailleurs un court métrage en 1969 « La Bombe » de Rabah Laradji, qui évoque une sœur qui venge son frère assassiné par l’OAS en posant une bombe dans un bar.  

Seulement voila, Pontecorvo a eu la chance d’avoir Yacef Saadi (Ex chef de la Zone Autonome du FLN à Alger) comme co-producteur pour  tourner dans cette vieille cité turque, devenue comme le labyrinthe le plus complexe d’une ville. Le film « la Bataille d’Alger » a rendu célèbre la Casbah à travers le monde et son histoire avait poussé Youcef Chahine à réaliser un film sur l’une de ses héroïnes Djamina Bouhired, à travers le film « Gamila », produit et interprété par Magda Essbah. Bien sûr quand le film a été tourné en 1958, le réalisateur égyptien ne pouvait pas se rendre en Algérie et il a dû reconstituer la Casbah dans les studios du Caire. Même option choisi par Marc Robson pour son film « Les Ceinturions », pour illustrer la force de frappe des parachutistes durant la bataille d’Alger. Le film a été d’ailleurs tourné en Espagne en 1965, au même moment où Pontecorvo tournait la bataille d’Alger à la Casbah.  Cette réputation de cité populaire arabo-musulmane aux ruelles interminable a servi également de décor pour d’autres films qui prirent ses Diars (Grandes maisons) comme des décors à huit clos pour leur film. Le plus célèbre en Algérie demeure, « El Harik », le célèbre feuilleton de Mustapha Badie, adapté du roman la Grande Maison de Mohamed Dib, qui berça de nombreuses années les souvenirs et les mémoires des algériens. D’autres réalisateurs ont fait de ses grandes maisons leurs décors uniques pour leur film, comme c’est le cas pour « La voisine » de « Youcef Bouchouchi » ou encore « Les Terrasses » de Merzak Allouache réalisé en 2013. Allaouche a toujours fait de la Casbah et Bab El Oued son décor premium. Il a utilisé une terrasse comme seul décor de son film. Autour de lui, il y a les voisins aux différents caractères et profils mais aussi une ville qui parle le jour et qui s’illumine la nuit. On découvrira largement la Casbah dans toute sa longueur dans « Bab El Oued City », « Bab El Web » et surtout Omar Gatlato, même si Allouache était plus proche de Bab El Oued que la Casbah. C’est pourquoi, la descente des longs escaliers de la Casbah vers Bab El Oued est des plans les plus recherchés pour les cinéastes. Même goût prononcé pour cet enfant d’El Biar Nadir Moknache, qui n’a pas hésité de faire des terrasses de la Casbah qui donne sur la baie d’Alger, comme son axe préféré dans « Viva Laldjérie » (2004) et « Délice Paloma » (2007).  D’autres cinéastes qui n’ont habité la Casbah y sont fortement influencé, comme Malek Lakhdar Hamina dans son film « Automne, octobre à Alger » (1994) qui raconte les premières heures des événements d’Octobre 1988. 

La Casbah inspira également la musique

En 2012, une réalisatrice algérienne vivant en Irlande Sofinez Bousbia, réalisa un film mémoriel « El Gusto » qui aborde ouvertement le patrimoine musical algérien « Le Chaabi » et la culture de la Casbah à travers les retrouvailles entre des musiciens musulmans et juifs d’Algérie. D’ailleurs le Chaabi, dont la majorité des interprètes habitaient la Casbah a longtemps été la référence suprême pour les habitants de la cité ancienne.

Même le Rap s’y est identifié, puisque plusieurs groupes de rap français mais aussi algériens ont tourné leur clip dans le décor parfois délabrée de la Casbah. Mais contrairement au Chaabi qui s’identifiait à la Casbah et ses histoires, le Rap et plus précisément le rap occidental a plus utilisé le décor que ses traditions et sa mémoire. C’est le cas notamment pour le groupe « The Blaze » pour la chanson « Territory ». Le clip qui a fait un tabac a été tourné à la Casbah sur une terrasse donnant sur la baie d’Alger. C’est également le cas pour, la chanteuse Miraa May, née en Algérie et vivant à Tottenham  en Angleterre, qui nous gratifié par un clip « What I Smoke » dans un univers algérois digne de Omar Gatlato.  La fille de North London qui a passé ses premières années en Algérie est revenue vers ses racines pour inscrire la densité de ses textes dans un décor algérois très marqué. Une manière pour elle de s’approprier des rues et des allées qui l’ont vu naître.

Enfin, le rappeur franco-algérien « Médine » de son nom complet Médine Zaouiche, a également choisi le décor très feutré d’Alger la blanche et sa Casbah séculaire, pour illustrer sa chanson engagée « Alger pleure ». « Médine » grand protecteur de la citée ancienne a également immortalisé les images de la Casbah dans un duo avec Booba dans sa chanson « Kyll », tourné dans les ruines d’une Casbah presque à terre aux cotés d’enfants et entre les mains une bouteille de Selecto, symbole de la Gastronomie algéroise.

La Casbah intrigue, inspire, ensorcelle et envoûte les créateurs et les vendeurs d’images. Plus de 100 films entre long et court métrages, feuilletons et clips sans oublier documentaire de création et de news ont évoqué la cité turque d’Alger dans leur sujet et dans leurs images. Alors qu’elle tombe en ruine, la Casbah reste plus que jamais vivante et existante pour les objectifs de toutes les caméras.  

Salim AGGAR

Critique de cinéma

Directeur de la Cinémathèque Algérienne