ALGER-30 juillet 2020: Un printemps 1956, quelques mois avant son arrestation, Mohamed Boudiaf qui naviguait entre le Maroc et Le Caire, organisa à Tétouan le noyau d’un service d’information  pour remplacer celui du Caire. Mohamed Sadek Moussaoui (dit Mahieddine) et Hocine Bouzaher en étaient les premiers animateurs. Ils furent rejoints par un groupe de militants qui rédigea le  numéro 8 d’El Moudjahid.

Après la création du GPRA, Mahieddine Moussaoui a été confirmé dans ses fonctions de «coordinateur de la collecte des images » au sein du ministère de l’Information, sous la direction de

M’hamed Yazid. Mahieddine Moussaoui avait commencé à militer à Jijel après avoir vu son père se faire arrêter lors des événements de mai 1945. Il était de ceux qui pensaient que l’image allait apporter beaucoup à la cause indépendantiste.

Ce qui en faisait un précurseur. La collecte des images en vue de leur utilisation pour internationaliser le conflit, était un objectif majeur.

Il ne s’agissait pas, pour ceux qui prenaient des images, de devenir des cinéastes célèbres, mais de faire œuvre de combattants au service d’une idée. Selon Pierre Chaulet, l’idée de Moussaoui  était de mettre sur pied une « commission image et son, mais malheureusement elle n’a pu voir le jour que fin 1959. » Dans cette commission, disait encore Pierre Chaulet, « on essayait d’avoir une philosophie de la communication filmée ».

Outre Mahieddine Moussaoui, elle comprenait notamment Mohammed Lakhdar-Hamina qui venait de rejoindre Tunis, mais aussi l’homme de théâtre Mohamed Boudia arrivé de la Fédération  de France, Claudine et Pierre Chaulet ainsi que Rachid Aït Idir, détaché par l’ALN. Il a également fait venir de Bruxelles Daniel Leterrier. Mahieddine Moussaoui, un visionnaire des archives a engagé à Tunis un autre déserteur français, Valentin  Pelosse pour réfléchir à ce futur « centre des archives ». Ayant fui la France, Jacques Charby de viendra également un proche collaborateur de

Mahieddine Moussaoui dans la cellule cinéma du ministère de l’Information du GPRA. A l’indépendance, c’est à lui qu’échut l’honneur de réaliser le premier long métrage algérien « Une si jeune paix », produit par le CNC de Moussaoui.

Convaincu de l’importance des archives, Mahieddine Moussaoui s’était entouré d’une équipe qu’il destinait à un grand projet de centre audiovisuel.  Dès qu’il fut installé à la tête du nouveau Centre national du cinéma (CNC), regroupant l’ensemble des activités cinématographiques, il demanda à Valentin Pelosse de travailler à la création d’une cinémathèque qui, au départ, n’était pas conçue comme un lieu de projection, mais comme un service d’archivage et de conservation.

La priorité de Mahieddine Moussaoui était la création d’un centre pour regrouper en un seul endroit les archives photos et audiovisuelles rapatriées de Tunis. Son credo : « Un peuple sans histoire n’est pas un peuple, un pays sans archives n’est pas un pays».

C’est lui qui a organisé à Tunis le départ des archives du ministère de l’Information du GPRA, dans les jours suivant la déclaration d’indépendance. 

L’historienne française Marie Chominot décrit l’arrivée de ces archives dans le contexte de la crise ouverte entre l’Armée des frontières, le GPRA et les responsables des maquis de l’intérieur. «Déposées en vrac dans les sous-sols du bâtiment de l’ancien Gouvernement général, elles furent alors laissées sans surveillance pendant plusieurs mois, en partie pillées et détériorées par l’humidité. Cette atteinte à un fonds patrimonial jalousement constitué et préservé par l’équipe d’information depuis les premiers temps, ne fut que la première d’une longue série. Ce qu’il en reste, est aujourd’hui dispersé (notamment entre les Archives nationales, le Centre national de documentation de presse et d’information, l’APS et des particuliers) et nécessiterait un long et patient travail d’identification, de documentation et de préservation. » Devant cette situation, le projet de grand centre d’archives nationales audiovisuelles chargé uniquement de la conservation, s’est effondré et a été remplacé par celui d’une cinémathèque/musée du cinéma, essentiellement vouée à la conservation et à la projection d’œuvres filmiques. C’est Mahieddine Moussaoui qui, sur le conseil de Smaïl Mahroug, contactera à Alger Jean-Michel Arnold et appellera Ahmed Hocine à la direction de la jeune cinémathèque. Ainsi, le Centre national du cinéma pouvait, dès le 24 janvier 1965, ouvrir un « Musée du cinéma », qui, très rapidement, allait devenir l’un des premiers au monde pour la diffusion de la culture par le film, l’indice de fréquentation de ses salles de répertoire, le nombre des personnalités reçues, la diversité de ses manifestations et la qualité de ses programmes.

Après la dissolution du CNC en 1967, Mahieddine Moussaoui est devenu secrétaire général du ministère de l’Information occupé alors par Mohamed Seddik Benyahia. Moussaoui sera le grand chef d’orchestre de l’organisation du premier Festival culturel panafricain de 1969 dont le film de William Klein conserve le souvenir grandiose. 

Mahieddine Sadek Moussaoui,  est mort en avril 2007 à Paris à l’âge de 72 ans des suites d’une longue maladie

Ahmed Bedjaoui

*Extrait du livre la Saga de la Cinémathèque Algérienne